Chronique: Un zakari et une danse par Saïna Manotte

Le 23/04/2026

Un zakari et une danse saina manotte

Il y a des livres que l'on peut lire et relire sans cesse pour le plaisir, parce que leur langue chatoie, résonne, pulse et se cadence, parce que l'on admire leur beauté, leur vérité, leur lucidité. « Un zakari et une danse » fait partie de ces livres. 

Je possède la première édition de ce livre (mai 2023). Il a depuis fait l'objet d'une nouvelle édition aux éditions Au Maximum (cliquez ici). Depuis juin 2023, j'ai dû le relire cent fois pour le plaisir. Je l'ai souvent partagé dans les ateliers d'écriture que j'anime. Je l'ai lu et relu comme on écoute une chanson, comme pour reproduire des mouvements d'une danse qui raconte, pour entendre une langue dire. Je l'ai lu et relu, tellement admiratif que je ne trouvais pas les mots pour dire mon enthousiasme. Je l'ai relu hier, aujourd'hui il me fait vous écrire.

Ce texte est un long poème, il pulse, il balance, il danse, il chante, enchante. Il bouscule, il invite à mieux entendre plus loin, plus haut, festivement, chaleureusement. Il entraîne à poser les pieds sur terre, en Guyane, de Sinnamary à Cayenne. 

L'autrice, Saina Manotte est chanteuse, danseuse, et chanceuse. Elle a l'élégance du style qui sait dans son écriture inviter un rythme poétique, amical, familial, romanesque, affectif, essentiel. Les personnages de ce roman son humains, mortels, fragiles, tendres autant qu'intensément sublimes d'être devenus héros, des héros comme dans la vie  beaux et poétiques tout simplement...

Seule Saina Manotte pouvait les faire vivre ainsi, car ses personnages, elles les a rencontrés, écoutés, reçus, réinventés : « Grand-père est très vieux, mais il est encore très fort. Il tient debout comme un roseau. Lorsqu'il y a du vent, on dirait qu'il danse lui aussi. Son corps est léger et mince... » Ouvrir ce livre c'est se sentir soi-même léger et mince emporté comme une plume au gré d'un souffle. Nous suivons la vie de Nini (surnom d'Edmonise) du manguier An ma bang (au bord du fleuve Sinnamary) jusqu'à Cayenne chez sa tante Idorine, puis chez Albert...

C'est une vie de rencontres et d'amour, d'enthousiasmes et d'adversité, d'appétit de vivre et de danser, de cœurs qui battent, de vies qui partent.

Si vous entrez dans ce livre sans rien connaître de la Guyane, vous en ressortirez irrémédiablement changés, car entre temps vous aurez été accueilli dans une famille Guyanaise à partager repas et saveurs, passions et inquiétudes, joies et tristesses. La terre est rude autant que douce au pied qui danse. Ce livre est dense à l'oeil qui pense, il est riche comme un voyage, et vous ne pouvez pas le lire sans sentir sous votre langue, le souvenir d'un goût de zakari... 

C'est un roman beau et poétique tout simplement...